dictée - La Ronde des Arts en Morvan

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CONCOURS DE DICTÉE
Salle des fêtes de Montigny-sur-Canne jeudi 6 août à 15h

Près de trente participants.tes se sont retrouvés.ées dans l'ancienne salle de classe de Montigny pour se triturer les méninges devant un texte improbable de notre ami et parrain de la Ronde, Xavier Jaillard. Un texte rempli de pièges et chausse-trappes. Tout cela dans la bonne humeur et sans la présence de bonnet d'âne.

2ème prix Liliane Ducros
1er prix Jacqueline Chevreau
3ème prix Christiane Patureau
Vous avez manqué la dictée ? la voici !

Le mort vend
Le marchand de fruits et légumes ambulant qui d'ordinaire tenait emplacement dans nos bourgades de La Machine, de Saxi-Bourdon ou de Fâchin, n'est plus.
Chacune et chacun l'aimaient pour sa bonhomie goguenarde, sa faconde et surtout pour le choix sans faille des immarcescibles primeurs trônant sur son étal. Quoiqu'on le crût impérissable, il mourut voici quelque trois semaines et demie. Mais ce Bourguignon, authentique autochtone, issu d'ancêtres hobereaux jadis obérés des seigneurs, refusa son trépas, épris qu'il fut de sa terre. Ectoplasme avéré, son spectre myrteux quitta dès potron-minet le cimetière forestier où il gisait auprès de sa feue mère et s'en revint sous le couvert de chaînes, comme il sied aux fantômes. Aujourd'hui encore, devant les yeux éberlués de nos plus illustres retraités résidant à l'entour, c'est un ange blafard et diaphane qui propose, derrière ses stands translucides pourtant ornés de dahlias rouge sombre ou de rhododendrons quasi mauves, du melon charentais, de la cerise bigarreau ou de la poire Comice. Peu chaut aux matrones callipyges que telle denrée aguichante soit ou non de régime, pour autant que leur sens gustatif y soit assouvi. Arrivées à un âge où les fards, les extraits d'algues ou les onguents les plus raffinés ne peuvent plus grand-chose contre les rides prononcées ni contre les cheveux devenus d'une immaculée canitie, elles n'ont plus cure des cures ! De fait, être servies par un échappé des Cieux leur plaît, en fin de compte, mieux que l'être par un acariâtre camelot vivant.
La nouvelle d'un mort-vivant se propagea vite. Un exposant proche du stand fantôme, brocanteur, spécialiste de musique, fut témoin de la résurrection et du succès commercial qui s'ensuivit. Quand il mourut à son tour, il résolut de se survivre à l'instar de son voisin primeur. Lui aussi va désormais hantant les marchés. Des phonogrammes, il en vend, des pick-up aussi.
Décédé, il vend encore.
D'après un texte de Xavier Jaillard
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